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un moine égyptien ; un étranger revêtu de cette dignité paraît plus respectable aux yeux du peuple, et moins dangereux à ceux du monarque. Lorsqu’au sixième siècle, le schisme de l’Égypte fut tout-à-fait déclaré, les chefs rivaux, aidés de leurs protecteurs respectifs, Justinien et Théodora, s’efforcèrent de s’enlever l’un à l’autre la conquête de cette province éloignée et indépendante. Ce fut encore l’habileté de l’impératrice qui l’emporta, et la pieuse Théodora établit dans cette Église reculée la foi et la discipline des jacobites[1]. Les Éthiopiens, environnés de tous côtés des ennemis de leur religion, sommeillèrent près de dix siècles sans songer au reste du monde qui ne songeait point à eux. [Les Portugais en Abyssinie. A. D. 1525, 1550, etc.]Ils furent réveillés par les Portugais, qui, après avoir doublé le promontoire méridional de l’Afrique, apparurent dans l’Inde et la mer Rouge, comme s’ils étaient descendus d’une planète éloignée. Au premier abord, les sujets de Rome et ceux d’Alexandrie furent frappés mutuellement de la conformité plutôt que des différences de leur foi ; et chacune des deux nations espéra tirer les plus grands avantages d’une alliance avec des chrétiens. Les Éthiopiens, séparés des au-

  1. Je ne sais pourquoi Assemani révoque en doute (Bib. orient., t. II, p. 384) ces missions assez vraisemblables de Théodora dans la Nubie et l’Éthiopie. Renaudot (p. 336-341, 381, 382, 405-443, etc., 452-456, 463, 475-480, 511-525, 559-564) nous a fourni, d’après les écrivains cophtes, le peu que nous savons sur l’Abyssinie jusqu’à l’année 1500. Ludolphe est absolument dépourvu d’idées sur ce pays.