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pique du Cancer jusqu’aux frontières de l’Abyssinie. L’empereur soupçonna le dessein de sa femme, et, plus attaché qu’elle à la foi orthodoxe, voulut en partager la gloire. Deux missionnaires rivaux, un melchite et un jacobite, partirent en même temps ; mais, soit crainte, soit amour, Théodora fut la mieux obéie, et le président de la Thébaïde retint le prêtre catholique, tandis que le roi de la Nubie et sa cour furent baptisés à la hâte dans la communion de Dioscore. L’envoyé de Justinien, arrivé trop tard, fut reçu et renvoyé avec honneur ; mais lorsqu’il dénonça l’hérésie et la trahison des Égyptiens, le néophyte nègre était déjà instruit à répondre qu’il n’abandonnerait jamais ses frères, les vrais croyans, aux ministres persécuteurs du concile de Chalcédoine[1]. Durant plusieurs générations, le patriarche d’Alexandrie nomma et ordonna les évêques de la Nubie : le christianisme y domina jusqu’au douzième siècle ; on aperçoit encore des cérémonies et des restes de cette religion dans les bourgades de Sennaar et de Dongola[2] ; mais les Nubiens effec-

  1. Assemani, Bibl. orient., t. I, p. 829.
  2. Le christianisme des peuples de la Nubie (A. D. 1153) est attesté par le sheriff Al-Edrisi, et a été exposé d’une manière fausse sous le nom du géographe de Nubie (p. 18), qui les représente comme une peuplade de jacobites. Les rayons de lumière historique qu’on aperçoit dans l’histoire de Renaudot (p. 178, 220-224, 281-286, 405-434, 451-564) sont tous antérieurs à cette époque. Voyez l’état moderne de ce pays, dans les Lettres édifiantes (Recueil 4), et dans Busching (t. IX, p. 152-159, par Berenger).