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éloigné d’Alexandrie, ne pouvait y faire exécuter ses ordres qu’au moyen de la force militaire. Un généreux effort aurait rétabli la religion et la liberté de l’Égypte, et ses six cents monastères auraient versé des myriades de saints guerriers, qui craignaient d’autant moins la mort, que la vie n’avait pour eux ni consolations ni délices ; mais l’expérience a prouvé la distinction du courage actif et du courage passif ; le fanatique, qui, sans pousser un gémissement, souffre les plus cruelles tortures, tremblerait et prendrait la fuite devant un ennemi armé. La pusillanimité des Égyptiens bornait leur espoir à un changement de maître ; les armes de Chosroès dépeuplèrent leur pays ; mais sous son règne, les jacobites jouirent d’un répit précaire et de peu de durée. La victoire d’Héraclius renouvela et augmenta la persécution, et le patriarche abandonna de nouveau Alexandrie, pour se réfugier dans le désert. [Benjamin, patriarche jacobite. A. D. 625-661.]Benjamin, tandis qu’il fuyait, crut entendre une voix qui lui ordonnait d’attendre après dix ans le secours d’une nation étrangère, soumise, ainsi que les Égyptiens, à l’ancienne loi de la circoncision. On verra plus bas quelle était l’espèce de ces libérateurs et la nature de la délivrance ; et je franchirai ici un intervalle de onze siècles, pour observer la misère actuelle des jacobites de l’Égypte. La populeuse ville du Caire est la résidence ou plutôt l’asile de leur indigent patriarche et des dix évêques qu’ils ont conservés : quarante monastères ont survécu aux incursions des Arabes, et le progrès de la servitude