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Apollinaire, instruit de sa mort, eut l’indécence de la célébrer dans une fête donnée à la noblesse et au clergé ; mais sa joie fut troublée par les nouvelles qu’il reçut bientôt de la domination du successeur de Théodose ; et tandis qu’il jouissait des richesses d’Alexandrie, ses rivaux donnaient des lois dans les monastères de la Thébaïde, où ils vivaient des oblations volontaires du peuple. Après la mort de Théodose, on vit sortir de ses cendres une succession non interrompue de patriarches, et les Églises monophysites de Syrie et d’Égypte furent unies par une même communion et par le nom de jacobites ; mais la doctrine qui avait été concentrée dans une secte peu étendue des Syriens, se répandit dans la nation égyptienne ou cophte, qui rejeta d’une voix presque unanime les décrets du concile de Chalcédoine. Dix siècles s’étaient écoulés depuis que l’Égypte avait cessé d’être un royaume, et que les vainqueurs de l’Asie et de l’Europe avaient mis sous le joug un peuple dont la sagesse et la puissance remontent au-delà des monumens de l’histoire. La lutte du fanatisme et de la persécution y ralluma quelques étincelles de l’intrépidité nationale. En abjurant une hérésie étrangère, les Égyptiens abjurèrent les mœurs et la langue des Grecs ; ils regardaient tout melchite comme un étranger, et tout jacobite comme un citoyen. Ils déclaraient péchés mortels les alliances du mariage avec leurs ennemis, et l’accomplissement envers eux des devoirs de l’humanité ; ils rompirent les liens de la fidélité jurée à l’empereur, et le prince,