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Jésus-Christ : le titre de Mère de Dieu offensait leurs oreilles, et ils mesuraient avec une avarice scrupuleuse les honneurs de la vierge Marie, que la superstition des Latins avait presque portée au rang d’une déesse. Lorsqu’on présenta son image pour la première fois aux disciples de saint Thomas, ils s’écrièrent avec indignation : « Nous sommes des chrétiens, et non pas des idolâtres », et leur dévotion plus simple se contenta de la vénération de la croix. Séparés de l’Occident, ils étaient étrangers, soit aux améliorations, soit à la corruption qu’avait pu y produire un intervalle de mille années, et leur conformité avec la foi et les pratiques du cinquième siècle, doit également embarrasser les papistes et les protestans. Le premier soin des ministres de Rome fut de leur interdire toute correspondance avec le patriarche nestorien, et plusieurs de ses évêques expirèrent dans les prisons du Saint-Office. La puissance des Portugais, les artifices des jésuites et le zèle d’Alexis de Menezès, archevêque de Goa, qui vint en personne visiter la côte de Malabar, attaquèrent ce troupeau privé de ses pasteurs. Le synode de Diamper, que présida Menezès, acheva le saint ouvrage de la réunion : il imposa aux chrétiens de saint Thomas la doctrine et la discipline de l’Église romaine, sans oublier la confession auriculaire, le plus puissant instrument de la tyrannie ecclésiastique. On y condamna la doctrine de Théodore et de Nestorius, et le Malabar se trouva réduit sous la domination du pape, sous celle du primat