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syriaque[1] était la langue de la poésie et de la dialectique. La langue corrompue et le faux savoir des Grecs infectaient l’Arménie et l’Abyssinie, et les idiomes barbares de ces contrées qui ont revécu dans les études de l’Europe moderne, étaient inintelligibles pour les habitans de l’Empire romain. Le syriaque et le cophte, l’arménien et l’éthiopien, sont consacrés dans les liturgies de leurs églises respectives, et leur théologie possède des versions particulières[2], des écritures et des ouvrages de ceux des pères dont la doctrine y a fait le plus de fortune. Après un intervalle de treize cent soixante années, le feu de la contro-

  1. Le syriaque, que les naturels de la Syrie regardent comme la langue primitive, avait trois dialectes : 1o. l’araméen, qu’on parlait à Édesse et dans les villes de la Mésopotamie ; 2o. le palestin, qu’on employait à Jérusalem, à Damas et dans le reste de la Syrie ; 3o. le nabathéen, idiome rustique des montagnes de l’Assyrie et des villages de l’Irak (Grégor. Abulpharage, Hist. dynast., p. 11). Voyez sur le syriaque, Ebed-Jésus (Assemani, t. III, p. 326, etc.), qui n’a pu, que par une véritable prévention, le préférer à l’arabe.
  2. Je ne cacherai pas mon ignorance sous les dépouilles de Simon, de Walton, de Mill, de Wettstein, d’Assemani, de Ludolphe ou de La Croze, que j’ai consultés avec soin. Il paraît, 1o. qu’il n’est pas sûr que nous ayons aujourd’hui dans leur première intégrité aucune des versions vantées par les pères de l’Église ; 2o. que la version syriaque est celle qui semble avoir le plus de titres, et que l’aveu des sectes de l’Orient prouve qu’elle est plus ancienne que leur schisme.