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Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 6.djvu/94

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à fixer son humble résidence dans un des faubourgs de Noie, près de la tombe miraculeuse de ce saint, que la piété publique avait déjà environnée de cinq églises vastes et fréquentées. Saint Paulin dévoua les restes de sa fortune et de ses talens au service du glorieux martyr. Il ne manquait jamais de célébrer le jour de sa fête par un hymne solennel. Il fit construire et lui dédia une sixième église plus magnifique que les autres, et ornée d’un grand nombre de tableaux dont le sujet était tiré de l’ancien et du nouveau Testament. Un zèle si assidu lui assura la faveur du saint[1], ou au moins celle du peuple. Après quinze ans de retraite, le consul romain fut forcé d’accepter l’évêché de Noie, peu de mois avant l’époque où cette ville fut investie par les troupes d’Alaric. Durant le siége, quelques personnages pieux se persuadèrent qu’ils avaient aperçu en songe ou en vision la figure divine de leur saint protecteur. Cependant l’événement prouva que saint Félix manquait ou de pouvoir ou de volonté pour sauver son ancien troupeau. Noie essuya sa part de la dévastation générale[2], et son évêque captif ne dut son salut qu’à sa réputation d’innocence et de pauvreté. [Les Goths possèdent l’Italie depuis l’année 408 jusqu’en 412.]Depuis l’invasion d’Italie par Alaric jusqu’à la re-

  1. L’humble saint Paulin eut une fois la présomption d’avouer qu’il croyait être aimé de saint Félix au moins comme un homme aime son petit chien.
  2. Voyez Jornandès, De reb. get., c. 30, p. 653 ; Philostorgius, l. XII, c. 3 ; saint Augustin, De Civ. Dei., l. I, c. 10 ; Baronius, Annal. ecclés., A. D. 410, nos 45, 46.