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Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 6.djvu/55

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narque des Goths. Les sénateurs, séduits ou entraînés malgré eux par la frénésie populaire, prononcèrent l’arrêt de sa mort sans exiger aucune preuve de son crime. Sérène fut ignominieusement étranglée ; et la multitude aveuglée s’étonna de ce que cette inique cruauté n’opérait pas sur-le-champ la délivrance de Rome et la retraite des Barbares. [Famine.]La disette commençait à se faire sentir dans la capitale, et ses malheureux habitans éprouvèrent bientôt toutes les horreurs de la famine. La distribution du pain fut réduite de trois livres à une demi-livre, ensuite à un tiers de livre, et enfin à rien ; le prix du blé s’élevait avec rapidité et dans une proportion exorbitante ; les citoyens indigens, hors d’état de se procurer les moyens de subsister, se voyaient réduits à solliciter les secours précaires de la charité des riches. L’humanité de Læta[1], veuve de l’empereur Gratien, qui avait fixé sa résidence à Rome, adoucit quelque temps la misère publique, et consacra au soulagement de l’indigence l’immense revenu que les successeurs de son mari payaient à la veuve de leur bienfaiteur ; mais ces charités particulières ne suffirent pas long-temps aux besoins d’un grand peuple, et la calamité publique s’étendit jusque dans les palais de marbre des sénateurs eux-mêmes. Les riches des deux sexes, élevés dans les jouissances du luxe, apprirent alors combien peu demandait réellement

  1. La mère de Læta portait le nom de Pissumena. On ignore le pays, la famille et le nom de son père. Ducange, Fam. byzant., p. 59.