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et l’embarras d’avouer leurs craintes, attribuèrent leur indulgence à un sentiment d’humanité ; et affectant le vrai langage du christianisme, ils en prirent insensiblement le véritable esprit.

Persécution arienne contre les Vandales orthodoxes.

L’indiscrétion des catholiques et l’impatience des Barbares interrompirent quelquefois la paix de l’Église ; mais les écrivains orthodoxes ont fort exagéré la sévérité et les injustices partielles du clergé arien. On peut accuser du crime de persécution, Euric, roi des Visigoths, qui suspendit l’exercice des fonctions ecclésiastiques, ou du moins celles des évêques, et qui punit le zèle des prélats de l’Aquitaine par la prison, l’exil et la confiscation[1] ; mais les seuls Vandales eurent l’imprudence et la cruauté de vouloir forcer les opinions religieuses d’une nation entière. [Genseric. A. D. 429-477.]Genseric avait renoncé, dès sa jeunesse, à la communion orthodoxe ; et son apostasie ne lui permettait ni d’attendre ni d’accorder une sincère indulgence : il s’irritait d’éprouver dans les églises et dans les synodes la résistance des Africains qu’il avait vu fuir dans la plaine ; et dans sa férocité inaccessible à la crainte comme à la compassion, il prononça contre ses sujets catholiques les lois les plus intolérantes et les punitions les plus arbitraires. Les

  1. Telles sont les plaintes de Sidonius, évêque de Clermont et contemporain, l. VII, c. 6, p. 182, etc., éd. Sirm. Saint Grégoire de Tours, qui cite cette épître (l. II, c. 25, t. II, p. 174), prétend, mais sans aucune garantie, avoir été assuré que de neuf évêchés vacans dans l’Aquitaine, la plupart l’étaient par le martyre de leurs évêques.