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cultés de leur esprit ; ils falsifiaient le témoignage de l’histoire, [Superstition du siècle.]et les erreurs de la superstition éteignaient peu à peu les dangereuses lumières de la science et de la philosophie. La révélation divine vint à l’appui de tous les cultes religieux pratiqués par les saints, de toutes les doctrines mystérieuses qu’ils avaient adoptées, et le règne avilissant des moines acheva d’étouffer toute vertu noble et courageuse. S’il était possible de mesurer l’intervalle entre les écrits philosophiques de Cicéron et la légende de Théodoret, entre le caractère de Caton et celui de saint Siméon Stylite, nous apprécierions peut-être la révolution qu’éprouva l’Empire romain dans une période de cinq cents ans.

Conversion des Barbares.

II. Le christianisme remporta successivement deux victoires glorieuses et décisives : la première sur les citoyens civilisés de l’Empire romain, et l’autre sur les Barbares de la Scythie et de la Germanie, qui renversèrent l’empire et embrassèrent la religion de Rome. Parmi ces sauvages prosélytes, les Goths furent ceux qui donnèrent l’exemple, et la nation fut redevable de sa conversion à un compatriote ou sujet digne d’être mis au rang de ceux qui, par d’utiles inventions, ont mérité que leur nom fut connu et honoré de la postérité. Les Goths qui ravagèrent l’Asie sous le règne de Gallien, avaient emmené en captivité un grand nombre des habitans des provinces. Parmi ces captifs il se trouvait beaucoup de chrétiens et plusieurs ecclésiastiques, réduits en esclavage et dispersés dans les différens villages de la