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sérable existence de sa victime. Ce martyre volontaire avait sans doute détruit peu à peu la sensibilité du corps et de l’âme ; et l’on ne peut raisonnablement supposer que des fanatiques si cruels pour eux-mêmes fussent susceptibles d’affection pour les autres. Une insensibilité cruelle a été le caractère distinctif des moines dans tous les temps et dans tous les pays ; mais leur âme froide et inaccessible au sentiment de l’amitié s’enflammait aisément d’une haine religieuse, et l’office de la sainte inquisition a servi à exercer leur zèle impitoyable.

Miracles et culte des moines.

Cette sainteté monastique, qui excite la pitié dédaigneuse des philosophes, obtenait la vénération et presque l’adoration des peuples et des souverains. Des foules de pèlerins venaient de la Gaule et des Indes se prosterner devant le pilier de saint Siméon. Des tribus de Sarrasins se disputaient les armes à la main l’honneur de sa bénédiction ; les reines de Perse et d’Arabie rendaient hommage à ses vertus surnaturelles ; et le jeune Théodose consulta le pieux ermite sur les affaires les plus importantes de l’état et de l’Église. Le patriarche et le maître général de l’Orient, six évêques, vingt-un comtes ou tribuns, et six mille soldats, transportèrent processionnellement les restes de saint Siméon de la montagne de Télénisse dans la ville d’Antioche, qui les révéra comme son plus glorieux ornement et sa plus sûre défense. Les anachorètes éclipsèrent peu à peu la renommée des apôtres et des martyrs ; le monde chrétien se prosterna devant leurs reliques, et les miracles attri-