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le travail des mains altérait les vertus contemplatives et la perfection spirituelle, et l’industrie n’a jamais beaucoup d’activité lorsqu’elle n’est point animée par l’intérêt personnel[1].

Leur dévotion et leurs visions.

Les moines employaient le temps qu’ils passaient dans leurs cellules en oraisons, soit vocales, soit mentales, selon que le leur prescrivaient leur zèle et leur foi. Ils s’assemblaient le soir et se relevaient dans la nuit pour célébrer le culte public du monastère. On connaissait l’heure à la position des étoiles, que les nuages obscurcissent rarement en Égypte, et une sorte de trompette ou cornet rustique, signal de la prière, interrompait deux fois dans les vingt-quatre heures le vaste silence du désert ; on leur mesurait jusqu’au sommeil, dernier refuge des malheureux ; les heures de loisir, vides de plaisirs et d’occupations, s’écoulaient lentement pour le solitaire dont l’ennui accusait vingt fois chaque jour la lenteur du soleil[2]. Dans cette situation désolante, la superstition poursuivait encore ses malheureuses victimes[3]. Le repos qu’elles avaient cherché dans

  1. Cassien détaille longuement, dans les troisième et quatrième livres de ses Institutions, les prières que les moines faisaient jour et nuit, et il donne la préférence à la liturgie qu’un ange avait dictée aux monastères de Tabenne.
  2. Cassien décrit, d’après sa propre expérience, l’acedia ou engourdissement de corps et d’esprit auquel un moine était exposé dans la tristesse de sa solitude. Sæpiusque egreditur et ingreditur cellam, et solem velut ad occasum tardiùs properantem crebriùs intuctur. Instit. X, I.
  3. Les souffrances et les tentations de Stagyrius ont été