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Obéissance monastique.

La profession monastique parmi les premiers chrétiens était un acte de dévotion volontaire[1]. Le fanatique dont la constance venait à se démentir, était dévoué à la vengeance du Dieu qu’il abandonnait ; mais les portes du monastère s’ouvraient librement au repentir, et les moines que leur raison ou leurs passions parvenaient à aguerrir contre les scrupules de leur conscience, pouvaient reprendre le caractère d’homme et de citoyen ; les épouses du Christ passaient même légalement dans les bras d’un mortel[2]. Quelques exemples de scandale et les progrès de la superstition suggérèrent le dessein d’employer des lois prohibitives. Après une épreuve suffisante, le novice se lia pour toute sa vie par un vœu solennel ; et les lois de l’état et de l’Église ratifièrent cet engagement irrévocable. Les fugitifs furent déclarés criminels, poursuivis, arrêtés et reconduits dans leur prison perpétuelle ; et l’interposition,

  1. Quatre voyageurs dévots et curieux ont décrit les institutions monastiques, et particulièrement celles de l’Égypte, vers l’an 400. Rufin, vit. Patrum, l. II, III, p. 424-536 ; Posthumien (Sulpice-Sévère, Dialog. I) ; Palladius, Hist. Lausiac., in vit. Patrum, p. 709-863 ; et Cassien (voy. t. VII, Biblioth. Max. Patrum, ses quatre premiers livres des Instituts et les vingt-quatre Conférences).
  2. L’exemple de Malchus (saint Jérôme, t. I, p. 256), et le dessein de Cassien et de son ami (Conférence 24) sont des preuves incontestables de leur liberté, qu’Érasme a décrite éloquemment dans sa Vie de saint Jérôme. Voyez Chardon, Hist. des Sacremens, t. VI, p. 279-300.