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de l’Irlande[1], et Iona, une des Hébrides défrichée par les moines irlandais, fit parvenir dans les régions du Nord quelques lueurs d’une science obscurcie par la superstition[2].

Causes de la rapidité de ses progrès.

Ces malheureux exilés de la vie sociale se livraient à l’impulsion de leur génie mélancolique et superstitieux ; leur persévérance se soutenait par l’exemple d’une multitude des deux sexes, de tous les âges et de tous les rangs ; chaque prosélyte qui entrait dans un monastère croyait être sur la route pénible, mais certaine, de la félicité éternelle[3]. Ces motifs

  1. L’archevêque Usher, dans ses Britannicarum ecclesiarum antiquitates, a rapporté tout ce qu’il est possible d’extraire du fatras de ces temps obscurs, c. 16, p. 425-503.
  2. L’île d’Iona, petite, mais fertile, autrement Hy ou Columbkill, a deux milles de longueur sur environ un mille de largeur ; elle a été distinguée, 1o. par le monastère de Sainte-Colombe, fondé A. D. 566, et dont l’abbé exerçait une juridiction extraordinaire sur les évêques de Calédonie ; 2o. par une bibliothèque classique, où l’on avait eu quelque espérance de retrouver un Tite-Live entier ; et 3o. par les tombeaux de soixante rois écossais, irlandais et norvégiens, qui reposent en Terre Sainte. Voyez Usher, p. 311, 360-370 ; et Buchanan, rerum Scot., l. II, p. 15, édit. Ruddiman.
  3. Saint Chrysostôme, dans le premier tome de l’édition des Bénédictins, a consacré trois livres à la louange et à la défense de la vie monastique ; et l’arche d’alliance lui paraît un motif suffisant pour croire que les élus, les moines, seront seuls sauvés (l. I, p. 55, 56). Ailleurs cependant il devient un peu plus humain (l. III, p. 83, 84), et il accorde différens degrés de gloire, comme le soleil, la lune,