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obscurité, on avait cessé de les regarder avec mépris ; les guerriers scythes et germains furent reçus dans les provinces, d’abord comme les serviteurs ensuite comme les alliés, et enfin comme les maîtres des Romains, qu’ils défendaient et insultaient tour à tour. L’effroi des peuples imposait silence à leur aversion ; ils respectaient la valeur et l’illustration des chefs, revêtus des dignités de la république ; et le sort de Rome avait dépendu long-temps de l’épée de ces formidables étrangers. L’orgueilleux Ricimer, foulant aux pieds les ruines de l’Italie, avait exercé l’autorité d’un roi sans en prendre le titre ; et la patience des Romains les avait insensiblement disposés à reconnaître pour souverains Odoacre et ses successeurs.

Caractère et règne d’Odoacre. A. D. 476-490.

Le premier roi de l’Italie n’était point indigne du haut rang où le placèrent sa valeur et sa fortune. Il avait dépouille dans la société la rudesse de ses mœurs, et bien que conquérant et Barbare, il respecta les institutions et même les préjugés de ses sujets. Après un intervalle de sept ans, Odoacre rétablit le consulat de l’Occident, et refusa, par orgueil ou par modestie, d’accepter un titre que les empereurs d’Orient ne dédaignaient point encore de porter ; mais la chaire curule fut successivement occupée par onze des plus illustres sénateurs[1], parmi les-

  1. On peut trouver les fastes consulaires dans Pagi ou dans Muratori. Il paraît que les consuls nommés par Odoacre, ou peut-être par le sénat, étaient reconnus dans l’empire d’Orient.