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montèrent à la somme de cent trente mille livres d’or, environ cinq millions deux cent mille livres sterling, dans un temps où, à en juger par le prix comparatif des grains, l’argent devait avoir un peu plus de valeur que dans le siècle présent[1]. La flotte qui cingla de Constantinople à Carthage était composée de onze cent treize vaisseaux chargés de plus de cent mille hommes, tant soldats que matelots. On en confia le commandement à Basiliscus, frère de l’impératrice Vérine. Sa sœur, femme de Léon, avait exagéré le mérite de ses anciens exploits contre les Scythes ; c’était dans la guerre d’Afrique qu’il se réservait de faire connaître sa perfidie ou son incapacité ; et ses amis furent réduits, pour sauver sa réputation militaire, à convenir qu’il s’était entendu avec Aspar pour épargner Genseric et anéantir la dernière espérance de l’empire d’Occident.

Mauvais succès de l’expédition.

L’expérience a démontré que le succès d’une invasion dépend presque toujours de la vigueur et de la célérité des opérations. Le moindre délai détruit la force et l’effet de la première impression de terreur

  1. La somme totale est clairement énoncée par Procope, De bell. Vandal., l. I, c. 6, p. 191. Les parties séparées dont elle était formée, et que Tillemont (Hist. des emper., t. VI, p. 396) a péniblement extraites des écrivains de l’histoire byzantine, sont moins authentiques et moins intéressantes. L’historien Malchus déplore la misère publique (Excerpt. ex Suida in corp. Hist. hyzant., p. 58) ; mais c’est sûrement à tort qu’il accuse Léon d’avoir entassé dans son trésor les sommes qu’il avait arrachées au peuple.