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et les Visigoths consentirent sans peine à soutenir ses prétentions de leur irrésistible suffrage. [A. D. 455. 15 août.]Les Barbares aimaient Avitus ; ils respectaient ses vertus, et n’étaient point insensibles à la gloire et à l’avantage de disposer du trône de l’Occident. On approchait alors de l’époque où les sept provinces tenaient annuellement leur assemblée à Arles. La présence de Théodoric et de ses frères influa peut-être sur les délibérations de l’assemblée ; mais leur choix devait naturellement tomber sur le plus illustre de leurs compatriotes. Après la résistance convenable, Avitus accepta le diadème des mains des représentans de la Gaule, et les acclamations des Barbares et des habitans de la province ratifièrent son élection. Il sollicita et obtint le consentement formel de Marcien, empereur de l’Orient ; mais le sénat, Rome et l’Italie, quoique humiliés par des calamités récentes, ne se soumirent qu’avec une secrète indignation à un Gaulois assez présomptueux pour usurper l’empire.

Caractère de Théodoric, roi des Visigoths. A. D. 453-466.

Théodoric, à qui Avitus était redevable de la pourpre avait acquis le sceptre par le meurtre de son frère aîné Torismond ; et il se justifia de son crime en accusant son prédécesseur du dessein formé de rompre son alliance avec l’empire[1]. Un tel crime n’était peut-être pas incompatible avec les vertus d’un Barbare ; mais Théodoric avait des mœurs douces

  1. Isidore, archevêque de Séville, qui était lui-même de la famille royale des Goths, avoue et excuse presque (Hist. Goth., p. 718) le crime que leur esclave Jornandès avait bassement dissimulé, c. 43, p. 673.