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bare un sentiment de vénération pour le père spirituel des chrétiens ; l’apparition des deux apôtres saint Pierre et saint Paul, qui menacèrent le conquérant d’une prompte mort s’il rejetait la prière de leur successeur, est une des plus belles légendes de la tradition ecclésiastique. Le destin de Rome pouvait mériter l’intervention du ciel, et l’on doit quelque indulgence à une fable qui a été représentée par le pinceau de Raphaël et par le ciseau de l’Algardi[1].

Mort d’Attila. A. D. 453.

Avant de quitter l’Italie, le roi des Huns menaça d’y revenir plus terrible encore et plus implacable si, avant le terme convenu par le traité, l’on ne remettait pas son épouse, la princesse Honoria, entre les mains de ses ambassadeurs ; mais en attendant, Attila, pour calmer ses tendres inquiétudes, ajouta à la liste de ses innombrables épouses, une jeune beauté, nommée Ildico[2]. Après avoir célébré son

  1. Le tableau de Raphaël est dans le Vatican, et le bas-relief de l’Algardi sur un des autels de Saint-Pierre. Voy. Dubos, Réflex. sur la poésie et sur la peinture, t. I, p. 519, 520. Baronius (Annal. eccles., A. D. 452, nos 57, 58) soutient hardiment la vérité de l’apparition, qui est rejetée toutefois par les plus savans et les plus pieux des catholiques.
  2. Attila, ut Priscus historicus refert, extinctionis suæ tempore, puellam Ildico nomine, decoram valde, sibi matrimonio post innumerabiles uxores… socians. Jornand., c. 49, p. 683, 684. Il ajoute ensuite (c. 50, p. 686) : Filii Attilæ, quorum per licentiam libidinis pœne populus fuit. Dans tous les siècles la polygamie fut admise chez les Tartares : le rang des épouses, parmi le peuple, dépend da