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de Théodose ; mais il balançait en lui-même lequel des deux empires il attaquerait le premier. Tandis que les peuples de l’Orient et de l’Occident attendaient avec inquiétude que le formidable Attila eût fixé son choix, il fit partir des envoyés pour les cours de Ravenne et de Constantinople ; et ses ministres adressèrent aux deux empereurs la même harangue insultante : « Attila, mon maître et le tien, t’ordonne de faire préparer sans délai un palais pour le recevoir[1]. » Mais comme le monarque des Huns méprisait ou affectait de mépriser les Romains de l’Orient qu’il avait vaincus tant de fois, il déclara sa résolution de différer cette conquête facile jusqu’au moment où il aurait achevé une entreprise plus importante et plus glorieuse. La richesse et la fertilité de la Gaule et de l’Italie devaient naturellement exciter l’avidité des Huns ; mais on ne peut expliquer les motifs personnels d’Attila que par l’état de l’empire d’Occident sous le règne de Valentinien, ou, pour parler plus correctement, sous l’administration d’Ætius[2].

Caractère et administration d’Ætius. A. D. 433-454.

Après la mort de Boniface son rival, Ætius s’était

  1. La chronique d’Alexandrie ou de Paschal, qui rend compte de cet insolent message, peut avoir anticipé la date en la plaçant sous le règne ou avant la mort de Théodose ; mais ce lourd annaliste n’aurait pas trouvé dans son imagination le style caractéristique d’Attila.
  2. Le Second livre de l’Histoire critique de l’établissement de la Monarchie française, t. I, p. 189-424, jette une grande clarté sur l’état de la Gaule lorsqu’elle fut envahie par Attila ; mais l’ingénieux auteur, l’abbé Dubos, se perd trop souvent en systèmes et en conjectures.