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Leur luxe et leurs mœurs ont été l’objet de recherches très-laborieuses et très-détaillées ; mais comme elles m’éloigneraient trop du plan de cet ouvrage, je présenterai au lecteur une description authentique de Rome et de ses habitans, qui a plus de relation avec l’époque de l’invasion des Goths. Ammien-Marcellin qui fixa sagement sa résidence dans la capitale comme dans le lieu le plus convenable pour l’homme qui voulait écrire l’histoire de son siècle, a mélangé le récit des événemens publics du tableau frappant de scènes particulières dont il était tous les jours le témoin. Le lecteur judicieux n’approuvera pas toujours l’amertume de sa censure, le choix des circonstances et des expressions, et découvrira peut-être les préjugés secrets et les animosités personnelles qui aigrissaient le caractère d’Ammien lui-même ; mais il observera sûrement avec une curiosité philosophique le tableau original et intéressant des mœurs de Rome[1].

Tableau du caractère de la noblesse romaine, par Am.-Marcellin.

« La grandeur de Rome, dit Ammien, était fondée sur l’alliance rare et presque incroyable de la vertu

  1. Il convient que j’avertisse des changemens que j’ai pris la liberté de faire au texte d’Ammien : 1o. j’ai fondu ensemble le sixième chapitre du quatorzième livre et le quatrième chapitre du vingt-huitième ; 2o. j’ai donné un peu d’ordre et de liaison aux matériaux épars ; 3o. j’ai adouci quelques hyperboles extravagantes, et supprimé quelques-unes des superfluités de l’original ; 4o. j’ai développé des observations qui n’étaient qu’indiquées. En admettant ces licences, on trouvera une version, non pas littérale, mais exacte et fidèle.