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même qu’Attila l’ait égalé en meurtres et en destruction[1], l’épithète de fléau de Dieu pourrait convenir pareillement à l’un et à l’autre.

État des captifs.

On peut affirmer avec assurance, que les Huns dépeuplèrent les provinces de l’empire, par le grand nombre de Romains qu’ils emmenèrent en captivité. Entre les mains d’un législateur habile, cette industrieuse colonie aurait répandu les sciences et les arts dans les déserts de la Scythie ; mais ces captifs, pris à la guerre, se trouvaient dispersés dans toutes les hordes qui composaient l’empire d’Attila ; et sans aucune valeur réelle que celle que leur donnait l’opinion de ces Barbares simples, ignorans et sans préjugés. Ceux-ci se connaissaient peu au mérite d’un théologien fortement versé dans les discussions sur la Trinité et l’Incarnation ; cependant ils respectaient les ministres de toutes les religions ; et le zèle actif des missionnaires chrétiens, sans approcher de la personne ou du palais des souverains, travailla avec succès à la propagation de l’Évangile[2]. Des pâtres qui n’avaient

  1. Les anciens, Jornandès, Priscus, etc., n’ont point connaissance de cette épithète. Les Hongrois modernes ont imaginé qu’elle avait été appliquée à Attila par un ermite de la Gaule, et que le roi des Huns, à qui elle plut, l’inséra dans ses titres. (Mascou, t. IX, p. 23 ; et Tillemont, Hist. des emper., t. VI, p. 143.)
  2. Les Missionnaires de saint Chrysostôme avaient converti un grand nombre de Scythes qui vivaient au-delà du Danube, sans autre habitation que des tentes et des chariots. (Théodoret, l. V, c. 31 ; Photius, p. 1517.) Les mahométans, les nestoriens et les chrétiens latins, se croyaient