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Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 6.djvu/26

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est praticable ; mais si, à raison de l’éloignement ou de l’étendue, le propriétaire ne pouvait point y veiller lui-même, ils conseillent de préférer un fermier héréditaire qui s’attache au sol et qui est intéressé à la récolte, à un intendant mercenaire, souvent négligent et quelquefois infidèle[1].

Leurs mœurs.

L’opulente noblesse d’une ville immense, peu avide de la gloire militaire, et se livrant bien rarement aux occupations du gouvernement civil, devait naturellement dévouer ses loisirs aux affaires et aux plaisirs de la vie privée. Les Romains méprisèrent toujours le commerce ; mais les sénateurs du premier âge de la république augmentaient leur patrimoine et multipliaient leurs cliens par la partie lucrative de l’usure. L’intérêt et l’inclination des deux parties concouraient à éluder ou à violer des lois antiques et oubliées[2]. Rome doit avoir renfermé toujours des trésors considérables, soit en monnaie courante au

  1. Volusius, riche sénateur (Tacit., Annal. III, 30) préférait toujours pour fermiers ceux qui étaient nés sur ses terres. Columelle, qui adopta de lui cette maxime, raisonne très-pertinemment sur ce sujet. (De re rusticâ, l. I, c. 7, p. 408, édit. Gesner, Leipzig, 1735.)
  2. Valois (ad Ammien, XIV, 6) a prouvé par le témoignage de saint Chrysostôme et de saint Augustin, qu’il était défendu aux sénateurs de prêter leur argent à usure. Cependant il paraît par le code Théodosien (voyez Godefroy, ad l. II, tit. 33, t. I, p. 230-289), qu’il leur était permis de prendre six pour cent, ou une moitié de l’intérêt légal ; et ce qu’il y a de particulier, c’est que cette permission fut accordée aux jeunes sénateurs.