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jesté l’audacieux prédicateur qui avait insulté l’impératrice Eudoxie sous le nom odieux de Jésabel. Un officier du palais s’empara de saint Chrysostôme, le traîna ignominieusement dans les rues de la capitale, et le descendit, après une courte navigation, à l’entrée de l’Euxin, d’où, en moins de deux jours, on le rappela glorieusement.

Émeute du peuple à Constantinople.

Dans le premier instant de sa surprise, son fidèle troupeau était demeuré muet et immobile ; mais tout à coup sa fureur éclata dans toutes les parties de la ville avec une violence irrésistible. Théophile trouva moyen de s’échapper ; mais les moines et les mariniers furent impitoyablement massacrés dans les rues de Constantinople[1]. Un tremblement de terre, qui vint à propos augmenter la terreur et la confusion, semblait annoncer l’intervention du ciel en faveur de l’archevêque. Le torrent de la sédition s’approchait des portes du palais : l’impératrice, agitée par la crainte et peut-être par le remords, se jeta aux pieds de l’empereur, et avoua que le rappel de saint Chrysostôme pouvait seul ramener la tranquillité publique. Un nombre infini de vaisseaux cou-

  1. Palladius avoue (p. 30). que si les habitans de Constantinople avaient rencontré Théophile ils l’auraient jeté dans la mer. Socrate fait le récit (l. VI, c. 17) d’un combat entre la populace et les matelots d’Alexandrie, où il y eut beaucoup de gens blessés et quelques-uns de tués. Le païen Zosime est le seul qui parle du massacre des moines (l. IV, p. 324). Il convient de l’habileté de saint Chrysostôme à conduire une multitude ignorante et grossière : ην γαρ ο κιθρωπος αλογον οχλον υπαγαγεςαι δεινος