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Romains. L’Occident rejeta ce vil consul comme une tache indélébile dans les annales de la république ; et, sans invoquer les ombres de Brutus et de Camille, le collègue d’Eutrope, magistrat respectable[1] et instruit, fit assez connaître la différence des maximes qui dirigeaient les deux administrations.

Sa vénalité et ses injustices.

Audacieux et inflexible, Rufin avait montré plus de disposition à la vengeance et à la cruauté ; mais l’avarice de l’eunuque n’était pas moins insatiable que celle du préfet[2]. Tant qu’il se contenta d’arracher les dépouilles du peuple à ses oppresseurs, il satisfit son avidité sans qu’on eut beaucoup à se plaindre de son injustice ; mais ses rapines s’étendirent bientôt sur les fortunes acquises par le plus légitime droit de succession ou l’industrie la plus

    sang ou de cailloux, un double soleil, etc., ajoute avec quelque exagération :

    Omnia cesserunt Eunucho consule monstra.

    Le premier livre finit par un discours plein de noblesse de la divinité de Rome, adressé à Honorius, son favori, à qui elle se plaint de la nouvelle ignominie qu’elle vient d’éprouver.

  1. Fl. Mallius Theodorus, dont Claudien a célébré dans un élégant panégyrique les honneurs civils et les ouvrages philosophiques.
  2. Μεθυων δε ηδη τω πλȢτα, enivré de richesses, est le terme expressif dont Zosime fait usage (l. V, p. 301). Suidas (dans son Lexicon) et Marcellin (dans sa Chronique) vouent également à l’exécration l’avarice d’Eutrope. S. Chrysostôme avait souvent averti le favori de la vanité et du danger de l’excessive richesse (t. III, p. 381).