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ecclésiastique de Bordeaux. Cette capitale, avantageusement située pour le commerce de l’Océan, était bâtie sur un plan élégant et régulier, et ses nombreux habitans se distinguaient du reste des Gaulois par leurs richesses, leurs connaissances et la politesse de leurs mœurs. La province environnante, qu’on a comparée avec complaisance au paradis terrestre, jouit d’un sol fertile et d’un climat tempéré. L’aspect du pays offrait partout les inventions de l’industrie et les richesses qui en sont la récompense ; et les Goths, se reposant de leurs glorieux travaux, se rassasiaient délicieusement des excellens vins de l’Aquitaine[1]. Leurs limites s’étendirent par le don de quelques diocèses voisins ; et les successeurs d’Alaric fixèrent la résidence de leur cour à Toulouse, qui comprenait dans l’enceinte de ses murs cinq villes ou quartiers très-peuplés. [Établissement des Bourguignons.]À peu près au même temps, et dans les dernières années du règne d’Honorius, les Goths, les Francs et les Bourguignons obtinrent un établissement fixe et indépendant dans les provinces de la Gaule. L’empereur légitime confirma la concession de l’usurpateur Jovinus aux Bourguignons ses alliés. Les terres de la première ou de la Haute-Germanie devinrent la propriété de ces Barbares formidables qui occu-

  1. Ausone (De claris urbibus, p. 257-262) fait l’éloge de Bordeaux avec l’enthousiasme d’un citoyen qui célèbre sa ville natale. Voyez dans Salvien (De gubern. Dei, p. 228, Paris, 1608) une description fleurie des provinces de l’Aquitaine et de la Novempopulanie.