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lui coupèrent toute communication avec les ports de la Gaule, et hâtèrent sans violence sa marche vers les Pyrénées[1]. Il franchit ces montagnes, surprit et occupa, au nom de l’empereur, la ville de Barcelone. Le temps et la possession ne diminuaient point la tendresse d’Adolphe pour Placidie, et la naissance d’un fils qu’il nomma Théodose, par vénération pour son illustre aïeul, semblait lier pour jamais ses intérêts avec ceux de l’empire. La mort de cet enfant, inhumé dans un cercueil d’argent dans une église auprès de Barcelone, fut pour ses parens un sujet d’affliction ; mais les soins de la guerre parvinrent aisément à distraire le roi des Goths de sa douleur ; et une trahison domestique mit bientôt un terme à ses victoires. Il avait imprudemment reçu à son service un des compagnons de Sarus. Cet audacieux barbare cherchait secrètement l’occasion de venger la mort de son général, et son nouveau maître réveillait sans cesse son ressentiment en le plaisantant sur la petitesse de sa taille. [Sa mort. A. D. 415. Août.]Adolphe fut assassiné dans le palais de Barcelone. Une faction tumultueuse viola les lois de la succession[2] ; un prince d’une maison étrangère, Sin-

  1. La force, à ce qu’il paraît, se joignit à la persuasion, ainsi qu’on peut clairement l’inférer des témoignages comparés d’Orose et de Jornandès, historiens, l’un des Goths et l’autre des Romains.
  2. Selon le système de Jornandès (c. 33, p. 659) le véritable droit héréditaire au sceptre des Goths passait dans la maison des Amali ; mais ces princes, vassaux des