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de la conduite opposée à celle des premiers chrétiens, qu’ont tenue les protestans[1] de la France, de l’Allemagne et de l’Angleterre, quand ils ont défendu avec intrépidité leur liberté civile et religieuse. Peut-être, au lieu de reproches, devrait-on quelques louanges à la supériorité d’esprit et de courage de nos ancêtres, pour avoir senti les premiers que la religion ne peut pas anéantir les droits inaliénables de la nature humaine[2]. Peut-être faudrait-il attribuer la patience de la primitive Église autant à sa faiblesse qu’à sa vertu. Une secte composée de plébéiens timides, sans chefs, sans armes, et sans places fortes, aurait été inévitablement détruite, s’ils avaient hasardé une imprudente et inutile résistance contre le maître des légions romaines ; mais les chrétiens, soit qu’ils cherchassent à calmer la co-

    quam Albiniani, nec Nigriani, vel Cassiani inveniri potuerunt Christiani. Ad Scapulam, c. 2. Si cette assertion est strictement vraie, elle exclut les chrétiens de ce siècle de tous les emplois civils et militaires, qui pouvaient les forcer à servir activement leurs gouvernemens respectifs. Voyez les ouvrages de Moyle, t. II, p. 349.

  1. Voy. l’adroit Bossuet (Hist. des variations des Églises protestantes, t. III, p. 210-258) ; et le malicieux Bayle, t. II, p. 620. Je nomme Bayle, parce qu’il est certainement l’auteur de l’Avis aux Réfugiés. Consultez le Dictionnaire critique de Chauffepié, t. I, part. II, p. 145.
  2. Buchanan est le premier, ou au moins le plus célèbre des réformateurs, qui ait justifié la théorie de la résistance. Voy. son dialogue De jure regni apud Scotos, t. II, p. 28-30, edit. fol. Ruddiman.