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par des considérations abstraites sur des vérités spéculatives ; et l’on peut raisonnablement croire que l’estime de Constantin pour le caractère moral des chrétiens, et la persuasion où il était que la propagation de l’Évangile amènerait l’exercice de toutes les vertus, servirent beaucoup à augmenter la faveur qu’il accordait à ses prosélytes. Quelque liberté qu’un monarque absolu puisse se permettre dans sa conduite, quelque indulgence qu’il veuille conserver pour ses propres passions, il est évidemment de son intérêt d’inspirer à tous ses sujets une respectueuse obéissance pour les lois naturelles et pour les engagemens civils de la société. Mais l’influence des meilleures lois est faible et précaire ; elles inspirent rarement la vertu, elles n’arrêtent pas toujours le vice. Leur autorité ne s’étend pas à prohiber tout ce qu’elles condamnent, et elles ne peuvent pas toujours punir les actions qu’elles ont prohibées. Les législateurs de l’antiquité avaient appelé à leur secours la puissance de l’éducation et de l’opinion ; mais tous les principes qui avaient jadis maintenu la grandeur et la pureté de Sparte et de Rome, s’étaient anéantis depuis long-temps dans la décadence d’un empire despotique. La philosophie exerçait encore son doux empire sur les esprits ; mais la cause de la vertu tirait un faible secours de la superstition des païens. Dans ces circonstances décourageantes, un sage magistrat pouvait voir avec plaisir le progrès d’une religion qui répandait parmi les peuples une morale pure, bienfaisante, applicable à