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par cette conduite, et de rendre propice la divinité qui siége dans le ciel. Les empereurs déclarent avec reconnaissance, qu’ils ont déjà reçu des preuves signalées de la faveur divine, et espèrent que la même Providence continuera d’assurer, par sa protection, la prospérité du prince et des sujets de l’empire. Ces expressions vagues de piété donnent lieu à trois suppositions, qui, bien que d’une nature différente, ne sont pas incompatibles. L’esprit de Constantin flottait peut-être encore entre la religion païenne et celle des chrétiens. En suivant les complaisantes opinions du polythéisme, il pouvait reconnaître le dieu des chrétiens pour l’une des nombreuses divinités qui composaient la hiérarchie céleste, ou peut-être adoptait-il cette idée philosophique et séduisante que, malgré la différence des noms, des rites et des cérémonies, tous les hommes adressent également leur hommage au Père et au Créateur unique de l’univers[1].

Mais les résolutions des princes sont plus ordinairement dirigées par des avantages temporels, que

  1. Un panégyrique de Constantin, prononcé sept ou huit mois après l’édit de Milan. Voy. Godefroy, Chronolog. Legum, p. 7 ; et Tillemont (Hist. des Emper., t. IV, p. 246), se sert de l’expression suivante et remarquable : Summe rerum sator, cujus tot nomina sunt, quot linguas gentium esse voluisti, quem enim te ipse dici velis, scire non possumus. (Panegyr. vet., IX, 26.) En rendant compte des progrès de Constantin dans la foi chrétienne, Mosheim (p. 971 ; etc.) est ingénieux, subtil et prolixe.