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habitudes et aux préjugés de son éducation, pour reconnaître la divine toute-puissance du Christ, et pour comprendre que la vérité de sa révélation était incompatible avec le culte des dieux. La peine qu’il eut sans doute à vaincre ses propres sentimens, lui apprit à préparer avec circonspection l’important changement du culte national, et il découvrit insensiblement ses nouvelles opinions à mesure qu’il vit plus de jour à leur donner de l’influence et de l’autorité. Pendant tout le cours de son règne la foi chrétienne se répandit par une progression douce quoique accélérée ; mais elle fut quelquefois passagèrement arrêtée dans sa marche, et quelquefois détournée de sa tendance générale, par des circonstances politiques, par la prudence, et peut-être par le caprice du souverain. Il permettait à ses différens ministres d’annoncer ses ordres dans le style qui convenait le mieux à leurs principes[1] ; et il balançait avec art les craintes et les espérances de ses sujets, en publiant dans la même année deux édits, dont l’un recommandait d’observer solennellement le dimanche[2], tandis que l’autre ordonnait de con-

  1. Le questeur ou secrétaire qui a rédigé la loi du code Théodosien, fait dire à son maître avec indifférence : Hominibus supradictæ religionis (XVI, t. 2, leg. I). Le ministre des affaires ecclésiastiques écrivait d’un style plus respectueux et plus dévot : της ενθεσμο‍υ και αγιωτατης καθολικης θρησκειας ; le légal et très-saint culte catholique. Voy. Eusèbe, Hist. ecclésiat., l. X, c. 6.
  2. Cod. Théod., l. II, tit. 8, leg. I ; cod. de Just., l. III,