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duite, il continue en ces termes : « Était-il possible à un disciple d’Aristote et de Platon de se conduire autrement que je n’ai fait ? Pouvais-je abandonner les malheureux sujets confiés à mes soins ? N’étais-je pas obligé de les protéger contre les insultes répétées de ces voleurs impitoyables ? Un tribun qui déserte son poste, est puni de mort et privé des honneurs de la sépulture : comment oserais-je prononcer sa sentence, si, au moment du danger, je négligeais un devoir plus sacré et plus important ? Dieu m’a placé dans ce poste élevé, sa providence sera mon guide et mon soutien. Si je suis condamné à souffrir, j’aurai pour me soutenir le sentiment d’une conscience pure et irréprochable. Plût au ciel que j’eusse encore un conseiller comme Salluste ! Si on juge à propos de m’envoyer un successeur, je me soumettrai sans regret ; et j’aime mieux profiter du peu d’instans où je pourrai faire le bien, que de faire long-temps le mal avec impunité[1]. » L’autorité précaire et dépendante de Julien faisait briller ses vertus et cachait ses défauts. Le jeune héros qui soutenait dans la Gaule le trône de Constance, n’était pas autorisé à réformer les vices du gouvernement ; mais il avait le courage de soulager ou de plaindre le malheur des peuples. La paix, ou même la conquête de la Germanie, ne

  1. Ammien, XVII, 3 ; Julien., epist., 15, édit. Spanheim. Une telle conduite justifie presque ce magnifique éloge de Mamertin : Ita illi anni spatia divisa sunt, ut aut Barbaros domitet, aut civibus jura restituat, perpetuum professus, aut contra hostem, aut contra vitia, certamen.