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sion le président de la Gaule narbonnaise : S’il ne faut que nier, s’écria Delphidius avec véhémence, qui jamais sera trouvé coupable ? Et s’il suffit d’affirmer, répondit Julien, qui jamais sera déclaré innocent ? Dans l’administration générale de la paix et de la guerre, l’intérêt du souverain et celui de ses peuples est ordinairement le même ; mais Constance se serait cru violemment offensé, si les vertus de Julien l’avaient privé de la moindre partie du tribut qu’il arrachait à une province épuisée. Le prince qui portait les ornemens de la royauté pouvait quelque-fois prétendre à corriger l’insolente avidité des agens inférieurs, à éclairer leurs artifices, à introduire un mode de perception plus égal et plus facile ; mais, d’après les sentimens de Constance, l’administration des finances reposait bien plus sûrement entre les mains de Florentius, préfet du prétoire des Gaules, tyran efféminé, également incapable de remords et de compassion. Ce ministre orgueilleux se plaignait hautement de la réclamation la plus modeste, tandis que Julien se reprochait à lui-même la faiblesse de son opposition. Le César avait rejeté avec horreur l’édit d’une taxe extraordinaire pour laquelle le préfet lui avait demandé sa signature ; et le tableau frappant de la misère publique, qu’il avait été forcé de faire pour justifier son refus, offensa la cour de Constance. On lira sans doute avec plaisir les sentimens de Julien, exprimés avec chaleur et liberté dans sa lettre adressée à un de ses intimes amis. Après lui avoir exposé sa con-