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qui avaient fait vœu de partager le sort de leur chef, et de ne pas lui survivre. Julien le reçut avec une pompe militaire au milieu du conseil composé de ses officiers, et, lui montrant une pitié généreuse, il dissimula le mépris intérieur que lui donnait la basse soumission de son captif. Au lieu de donner le roi vaincu des Allemands en spectacle aux villes de la Gaule, le jeune César fit un respectueux hommage à l’empereur de ce trophée de sa victoire. Chnodomar reçut un traitement honorable ; mais l’impatient Barbare ne put survivre long-temps à sa défaite, à sa captivité et à son exil[1].

Julien subjugue les Francs. A. D. 358.

Lorsque Julien eut repoussé les Allemands des provinces du Haut-Rhin, il tourna ses armes contre les Francs, situés plus près de l’Océan sur les confins de la Gaule et de la Germanie, que leur nombre et plus encore leur valeur intrépide faisaient considérer comme les plus formidables des Barbares[2]. Quoiqu’ils se laissassent aller volontiers à l’attrait du pillage, ils aimaient la guerre pour la guerre ; ils la regardaient comme l’honneur et la félicité suprême du genre humain. Leurs âmes et leurs corps étaient si parfaitement endurcis par une activité continuelle, que, selon la vive expression d’un orateur, les neiges de l’hiver avaient autant de charmes pour eux que les fleurs du printemps. Dans le mois de dé-

  1. Ammien, XVI, 12 ; Libanius, orat. 10, p. 276.
  2. Libanius (orat. 3, p. 157) donne un tableau très-piquant des mœurs des Francs.