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pres succès[1]. La puissance de l’ennemi était encore entière. À peine Julien avait-il séparé ses troupes et pris ses quartiers à Sens dans le centre de la Gaule, qu’il fut environné et assiégé par une nombreuse armée de Germains. Réduit, dans cette extrémité, aux ressources de son propre génie, il suppléa, par sa prudente intrépidité, à la faiblesse de la ville et de la garnison ; et après trente jours de siége les Barbares se retirèrent irrités de leur peu de succès.

Seconde campagne de Julien. A. D. 357.

Fier et satisfait de ne devoir sa délivrance qu’à son épée, Julien ne pouvait cependant sans amertume se voir abandonné et trahi de ceux qui, obligés par les lois de l’honneur et de la fidélité à le défendre, méditaient peut-être secrètement sa destruction. Marcellus, maître général de la cavalerie dans les Gaules, interprétait à la rigueur les ordres d’une cour ombrageuse. Indifférent à la dangereuse situation de Julien, il avait défendu aux troupes qu’il commandait, de donner aucun secours à la ville de Sens. Si le César eût souffert en silence une insulte si dangereuse, sa personne et son autorité seraient devenues l’objet du mépris général ; et si cette action criminelle n’eût pas été punie, l’empereur aurait confirmé des soupçons qu’avait trop autorisés sa conduite passée envers les princes de la maison Fla-

  1. Ammien (XVI, 2, 3) paraît plus content des succès de cette première campagne que Julien lui-même, qui avoue naïvement qu’il n’a rien exécuté d’important, et qu’il a été forcé de fuir devant les ennemis.