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gouverner les provinces de la Gaule ; ou plutôt, comme Julien le dit lui-même, pour y étaler la vaine image de la grandeur impériale. Son éducation scholastique et solitaire l’avait beaucoup plus familiarisé avec les livres qu’avec les armes, avec les auteurs de l’antiquité qu’avec les mœurs des hommes de son siècle. Il ignorait parfaitement la science pratique de la guerre et du gouvernement. Quand il répétait gauchement quelque exercice militaire qu’il ne pouvait se dispenser d’apprendre, il s’écriait en soupirant : « Ô Platon ! Platon ! quelle occupation pour un philosophe ! » Cependant cette philosophie spéculative, que sont trop disposés à mépriser les hommes livrés aux affaires, avait rempli l’imagination de Julien des exemples les plus respectables, et son âme des préceptes les plus généreux. Elle y avait empreint l’amour de la vertu, le désir de la gloire et le mépris de la mort. L’habitude de la tempérance et de la frugalité, si recommandées dans les écoles, est bien plus essentielle encore dans la discipline sévère d’un camp. Julien ne prenait de la nourriture et du sommeil, que ce qu’exigeaient les besoins de la nature. Rejetant avec dédain les mets délicats destinés pour sa table, il satisfaisait son appétit avec la ration grossière que recevait le moindre des soldats. Dans la plus grande rigueur des hivers de la Gaule, il ne souffrait jamais qu’on allumât du feu dans la chambre où il couchait. Après un sommeil court et interrompu, il se levait souvent au milieu de la nuit de dessus un tapis étendu