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bares, sentit bientôt combien il était difficile de faire renoncer des alliés si dangereux à des contrées dont on leur avait fait connaître la richesse. Peu soigneux de distinguer les sujets fidèles des révoltés, ces brigands indisciplinés traitaient comme leurs ennemis naturels tous ceux des habitans de l’empire dont ils convoitaient les possessions. Quarante-cinq cités florissantes, Tongres, Cologne, Trêves, Worms, Spire, Strasbourg, etc., sans compter un beaucoup plus grand nombre d’autres villes et villages, furent ravagées et la plupart réduites en cendres. Les Barbares de la Germanie, fidèles aux usages de leurs ancêtres, ne pouvaient consentir à se voir renfermer entre des murs ; ils leur prodiguaient les noms odieux de sépulcres, de prisons, et, fixant leurs habitations indépendantes sur les bords des rivières du Rhin, de la Meuse et de la Moselle, ne connaissaient d’autres fortifications, dans les momens de danger, que de grands arbres renversés et jetés à la hâte au travers des routes qu’ils voulaient fermer. Les Allemands s’étaient fixés dans les contrées qui forment actuellement l’Alsace et la Lorraine ; les Francs occupaient l’île des Bataves et une grande partie du Brabant, connue alors sous le nom de Toxandrie[1],

  1. Ammien (XVI, 8). Ce nom semble dérivé des Toxandri de Pline, et on le trouve fréquemment répété dans les histoires du moyen âge. La Toxandrie était un pays de bois et de marais, qui s’étendait depuis les environs de Tongres jusqu’au confluent du Vahal et du Rhin. Voyez Valois, Notit. Galliar., p. 558.