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tèrent avidement cette imprudente déclaration[1]. Ceux-ci insinuèrent secrètement ou assurèrent avec confiance que les chefs de l’Église avaient excité ou dirigé la main d’un assassin domestique[2]. Seize ans après la mort de Julien, cette accusation fut renouvelée avec appareil et avec véhémence, par Libanius, dans un discours public adressé à l’empereur Théodose. Le sophiste d’Antioche ne cite point de faits ; il ne donne pas de bonnes raisons, et on ne peut estimer que son zèle généreux pour les cendres refroidies d’un ami qu’on oubliait[3].

  1. Immédiatement après la mort de Julien, il se répandit un bruit sourd, telo cecidisse romano. Des déserteurs portèrent cette nouvelle au camp des Perses, et Sapor et ses sujets reprochèrent aux Romains d’avoir assassiné leur empereur. (Ammien, XXV, 6 ; Libanius, De ulciscendâ Juliani nece, c. 13, p. 162, 163.) On alléguait, comme une preuve décisive, qu’aucun Persan ne se présenta pour obtenir la récompense qu’avait promise le roi. (Libanius, orat. parent., c. 141, p. 363.) Mais le cavalier qui, en fuyant, lança la funeste javeline, put ignorer le coup qu’elle avait porté ; peut-être qu’il fut ensuite tué lui-même dans le combat. Ammien ne paraît avoir aucun soupçon sur ce point.
  2. Ος τις εντολην πληρων τω σφων αυτων αρχοντι. Ces mots obscurs et équivoques peuvent avoir rapport à saint Athanase, qui se trouvait incontestablement, et sans rivaux, le premier des prêtres chrétiens. (Libanius, De ulcisc. Jul. nece, c. 5, p. 149 ; La Bléterie, Hist. de Jov., t. I, p. 179.)
  3. L’orateur Fabricius (Biblioth. græc., t. VII, p. 145-179) jette des soupçons, demande une enquête, et insinue qu’on pourra obtenir des preuves. Il attribue les succès des