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draient implorer la faveur d’être admis de nouveau au rang de ses sujets. Leurs raisons, leur éloquence, leurs larmes, ne purent rien obtenir. Jovien fit valoir, en rougissant, la sainteté des sermens ; et la répugnance avec laquelle il avait accepté d’eux le présent d’une couronne d’or, ne leur laissant plus d’espoir, Sylvanus, l’un des orateurs du peuple, s’écria indigné : « Empereur, puissiez-vous être ainsi couronné par toutes les villes de vos domaines ! » Jovien, qui en peu de semaines avait déjà pris les habitudes d’un prince[1], fut choqué de la hardiesse et de la vérité du propos ; et comme il voyait que le mécontentement des habitans pourrait bien les porter à se soumettre au roi de Perse, un édit leur ordonna, sous peine de mort, de sortir de la ville dans trois jours. Ammien a peint avec énergie la désolation générale, qui paraît avoir excité en lui une vive compassion[2]. La belliqueuse jeunesse de Nisibis abandonna, avec une indignation douloureuse, des murs qu’elle avait si glorieusement défendus ; des parens en deuil versaient une dernière larme sur la tombe d’un fils ou d’un mari, qui allait être profanée par la main grossière des Barbares ; et le vieillard baisait le seuil,

  1. Il le montra à Nisibis par une action vraiment royale. Un brave officier qui portait le même nom que lui, et qu’on avait cru digne de la pourpre, fut enlevé au milieu d’un souper, jeté dans un puits, et tué à coups de pierres, sans aucune forme de procès, et sans que rien prouvât qu’il était coupable. (Ammien, XXV, 8.)
  2. Ammien, XXV, 9 ; Zosime, l. III, p. 194, 195.