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Jovien évacue Nisibis et rend les cinq provinces aux Persans. Août.

Mais l’empereur, quelles que fussent les bornes de son autorité constitutionnelle, se trouvait, par le fait, disposer absolument des lois et des forces de l’état, et les motifs qui l’avaient contraint à signer le traité de paix le pressaient d’en remplir les conditions. Il désirait avec ardeur de s’assurer un empire aux dépens de quelques provinces, et il cachait son ambition et ses craintes sous le masque de la religion et de l’honneur. Malgré les sollicitations respectueuses des habitans, la décence et la sagesse ne lui permirent pas de loger dans le palais de Nisibis : le lendemain de son arrivée, Bineses, l’ambassadeur de Perse, entra dans la place, déploya, du haut de la citadelle, l’étendard du grand roi, et annonça en son nom la cruelle alternative de l’exil ou de la servitude. Les principaux citoyens de la ville, qui jusqu’à ce fatal moment avaient compté sur la protection de leur souverain, se jetèrent à ses pieds et le conjurèrent de ne pas abandonner, ou du moins de ne pas livrer une colonie fidèle à la fureur d’un tyran barbare, irrité par les trois défaites qu’il avait éprouvées successivement sous les murs de Nisibis, Ils avaient encore des armes et assez de courage pour repousser l’ennemi de leur pays ; ils se bornèrent à lui demander la permission de s’en servir : ils dirent qu’après avoir assuré leur indépendance, ils vien-

    ni démembrer l’empire, ni transférer à un autre, sans l’aveu de son peuple, le serment de fidélité que lui avaient prêté ses sujets : je n’ai jamais trouvé beaucoup de plaisir ni d’instruction dans toute cette métaphysique politique.