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sincère, révéla la honte de l’empereur et les conditions de l’ignominieux traité. Le peuple fut rempli d’étonnement, de douleur, d’indignation et de crainte, en apprenant que l’indigne successeur de Julien abandonnait les cinq provinces conquises par Galère, et rendait honteusement aux Barbares l’importante ville de Nisibis, le plus fort boulevard des provinces de l’Orient[1]. On agitait librement, dans les entretiens populaires, ce point obscur et dangereux à traiter, de la morale des gouvernemens, qui fixe jusqu’où l’on doit observer la foi publique lorsqu’elle est contraire à la sûreté de l’état, et l’on eut une sorte d’espoir que l’empereur ferait oublier sa conduite pusillanime par un acte éclatant de perfidie patriotique. L’inflexible courage du sénat de Rome avait toujours rejeté les conditions inégales qu’on imposait de force à ses armées captives ; et si, pour satisfaire l’honneur de la nation, il eût fallu livrer aux Barbares le général criminel, la plupart des sujets de Jovien auraient suivi avec joie, sur ce point, l’exemple des anciens temps[2].

  1. On peut admettre Ammien et Eutrope comme des témoins sincères et dignes de foi, des propos et de l’opinion du public. Le peuple d’Antioche se répandit en invectives contre une paix ignominieuse, qui l’exposait aux coups des Persans sur une frontière sans défense. (Excerpt. Valesian., p. 845, ex Johanne Antiocheno.)
  2. Quoique l’abbé de La Bléterie soit un casuite sévère, il a prononcé (Hist. de Jovien, t. I, p. 212-227) que Jovien n’était pas obligé de tenir sa promesse, puisqu’il ne pouvait