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stance du funeste camp de Dura[1], que les dix mille Grecs, éloignés de plus de douze cents milles de leur patrie, furent abandonnés, sans généraux, sans guides et sans munitions, au ressentiment d’un monarque victorieux. La différence de conduite et de succès, de la part de l’armée romaine et de la petite armée des Grecs, est une suite du caractère plutôt que de la position. Au lieu de se soumettre tranquillement aux délibérations secrètes et aux vues particulières d’un individu, le conseil des Grecs fut inspiré par l’enthousiasme généreux d’une assemblée populaire, où l’amour de la gloire, l’orgueil de la liberté et le mépris de la mort, remplissent l’âme de chaque citoyen. Convaincus de la supériorité que leur donnait sur les Barbares la nature de leurs armes autant que leur discipline, ils se fussent indignés de l’idée seule de se soumettre, et refusèrent de capituler : à force de patience, de courage et de talent, ils surmontèrent tous les obstacles, et la mémorable retraite des dix mille insulta, en la dévoilant, à la faiblesse de la monarchie des Perses[2].

  1. Les généraux grecs furent tués sur les bords du Zabate (Anabasis, liv. II, p. 156 ; liv. III, p. 226) ou grand Zab, rivière d’Assyrie, qui a quatre cents pieds de largeur, et qui tombe dans le Tigre à quatorze heures de marche au-dessous de Mosul. Les Grecs donnèrent au grand et au petit Zab les noms de loup (λυκος) et de chèvre (καπρος). Leur imagination se plut à placer ces animaux autour du Tigre de l’Orient.
  2. La Cyropédie est vague et languissante, la Retraite