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l’Empire romain. S’il eût porté ses prétentions jusqu’à l’Euphrate, sûrement, dit Libanius, il n’eût pas essuyé de refus ; s’il eût exigé que l’Oronte, le Cydnus, le Sangarius, ou même le Bosphore de Thrace, servissent de bornes au royaume de Perse, la cour de Jovien n’aurait pas manqué de flatteurs qui se seraient empressés de convaincre le timide empereur que le reste de ses provinces suffisait encore à lui fournir abondamment toutes les jouissances du luxe et de la domination[1]. Sans adopter en entier cette supposition dictée par l’humeur, il faut avouer que l’ambition particulière de Jovien donna de grandes facilités au roi de Perse pour la conclusion d’un traité si ignominieux à l’empire. Un obscur domestique, élevé au trône par la fortune plutôt que par son mérite, désirait vivement de sortir des mains du roi de Perse, afin de prévenir les desseins de Procope, général de l’armée de Mésopotamie, et de soumettre à son autorité, jusque-là peu certaine, les légions et les provinces qui ignoraient encore le choix précipité fait au-delà du Tigre, et par une armée en tumulte[2]. C’est aux environs du même fleuve, et à peu de di-

  1. Libanius, orat. parent., c. 143, p. 364, 365.
  2. Conditionibus… dispendiosis romanæ reipublicæ impositis… quibus cupidior regni quàm gloriæ Jovianus imperio rudis acquievit. (Sextus-Rufus, De Provinciis, c. 29.) La Bléterie a développé dans un long discours ces considérations spécieuses de l’intérêt public et de l’intérêt particulier. (Hist. de Jovien, t. I, p. 39, etc.)