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tions d’une paix qu’il n’était plus en son pouvoir de refuser. Les cinq provinces au-delà du Tigre, cédées aux Romains par le grand-père de Sapor, furent rendues au monarque persan ; il acquit, par un seul article du traité, l’importante ville de Nisibis, qui, durant trois siéges consécutifs, avait bravé l’effort de ses armes ; Singara, et le château des Maures, l’une des plus fortes places de la Mésopotamie, furent également détachées de l’empire en sa faveur. La permission qu’il accorda aux habitans de se retirer avec leurs effets fut regardée comme une grâce ; mais il exigea que les Romains abandonnassent à jamais le roi et le royaume d’Arménie. Les deux nations ennemies signèrent une paix, ou plutôt une trêve de trente années. Le traité fut accompagné de sermens solennels et de cérémonies religieuses ; et de part et d’autre on livra des otages d’un rang distingué[1].

Faiblesse et humiliation de Jovien.

Le sophiste d’Antioche, indigné de voir le sceptre de son héros dans la faible main d’un prince disciple du christianisme, semble admirer la modération de Sapor qui se contenta d’une si petite portion de

  1. On trouve les détails du traité de Dura dans Ammien (XXV, 7) qui en parle avec douleur et avec indignation ; dans Libanius (orat. parent., c. 142, p. 364) ; dans Zosime (I. III, p. 190, 191) ; dans saint Grégoire de Nazianze (orat. 4, p. 117, 118), qui attribue les fautes à Julien, et la délivrance à son successeur ; dans Eutrope (X, 17), ce dernier écrivain, l’un des guerriers de l’armée, dit, en parlant de cette paix : necessariam quidem, sed ignobilem.