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consentait à épargner et à renvoyer l’empereur avec les restes de son armée captive. La fermeté des Romains se laissa séduire par l’espérance du salut. L’avis du conseil et les cris des soldats obligèrent Jovien à recevoir la paix qui lui était offerte, et le préfet Salluste fut envoyé sur-le-champ, avec le général Arinthæus, pour savoir les intentions du grand roi. Le rusé Persan renvoya, sous différens prétextes, la conclusion du traité ; il éleva des difficultés, demanda des éclaircissemens, suggéra des moyens, revint sur ce qu’il avait promis, forma de nouvelles prétentions, et employa en négociations quatre jours, pendant lesquels les Romains achevèrent de consommer le peu de vivres qui restait dans leur camp. Si Jovien avait été capable d’exécuter un projet hardi et prudent, il aurait sans relâche continué sa marche ; la négociation du traité aurait suspendu les attaques des Persans, et avant la fin du quatrième jour, il serait arrivé sain et sauf dans la fertile province de Corduène, qui n’était éloignée que de cent milles[1]. Ce prince irrésolu, au lieu de rompre les lacs dont cherchait à l’envelopper l’ennemi, attendit son sort avec résignation, et accepta les humiliantes condi-

  1. Il y a de la présomption à combattre Ammien, qui entendait l’art de la guerre, et qui était de l’expédition. Mais il est difficile de concevoir comment les montagnes de Corduène pouvaient s’étendre sur la plaine d’Assyrie jusqu’au confluent du Tigre et du grand Zab, ou comment une armée de soixante mille hommes pouvait faire cent milles en quatre jours.