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seur furent de continuer une marche qui seule pouvait sauver les Romains[1].

Danger et difficulté de la retraite. 27 juin, 1er juillet.

La crainte d’un ennemi est le plus sûr témoignage de son estime, et la joie qu’il ressent de sa délivrance indique d’une manière assez exacte le degré de sa crainte. L’heureuse nouvelle de la mort de Julien, qu’un déserteur porta au camp de Sapor, donna au monarque découragé la confiance subite de la victoire. Il détacha sur-le-champ la cavalerie royale, peut-être les dix mille immortels[2], à la poursuite des Romains, et avec le reste de ses forces il tomba sur leur arrière-garde. Cette arrière-garde fut mise en désordre ; les éléphans enfoncèrent et foulèrent aux pieds ces légions si célèbres qui tenaient leurs noms de Dioclétien et de son belliqueux collègue, et trois tribuns perdirent la vie en voulant arrêter la fuite de leurs soldats. La bravoure opiniâtre des Romains rétablit enfin le combat. Les Persans furent repoussés ; ils perdirent un grand nombre de guerriers et d’éléphans ; et l’armée, après avoir

  1. Ammien (XXV, 10) fait un portrait de Jovien qui est impartial. Victor le jeune y a ajouté quelques traits remarquables. L’abbé de La Bléterie (Hist. de Jovien, t. I, p. 1-238) a publié une histoire très-travaillée de ce règne si court. Cette histoire est remarquable par l’élégance du style, les recherches critiques et les préventions religieuses.
  2. Regius equitatus. Il paraît, d’après Procope, que les Sassanides avaient rendu l’existence, s’il est permis de se servir d’une expression si impropre, à ce corps des immortels, si célèbre sous Cyrus et ses successeurs. (Brisson, De regno persico, p. 268, etc.)