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dans les temps de ma disgrâce, lorsqu’on m’éloignait de la cour et qu’on me confinait dans des retraites obscures et écartées, soit depuis que j’ai été élevé au pouvoir suprême. J’ai regardé le pouvoir dont j’étais revêtu comme une émanation de la puissance divine : je crois l’avoir conservée pure et sans tache, en gouvernant avec douceur les peuples confiés à mes soins, et ne déclarant ni ne soutenant la guerre que par de bonnes raisons. Si je n’ai pas réussi, c’est que le succès ne dépend, en dernier ressort, que du bon plaisir des dieux. Persuadé que le bonheur des sujets est la fin unique de tout gouvernement équitable, j’ai détesté le pouvoir arbitraire, source fatale de la corruption des mœurs et des états. J’ai toujours eu des vues pacifiques, vous le savez ; mais dès que la patrie m’a fait entendre sa voix et m’a commandé de courir aux dangers, j’ai obéi avec la soumission d’un fils aux ordres absolus d’une mère. J’ai considéré le péril d’un œil fixe, je l’ai affronté avec plaisir. Je ne vous dissimulerai point qu’on m’avait prédit, il y a long-temps, que je mourrais d’une mort violente. Ainsi je remercie le dieu éternel de n’avoir pas permis que je périsse ni par une conspiration, ni par les douleurs d’une longue maladie, ni par la cruauté d’un tyran. J’adore sa bonté sur moi de ce qu’il m’enlève du monde par un glorieux trépas, au milieu d’une course glorieuse ; puisqu’à juger sainement des choses, c’est une lâcheté égale de souhaiter la mort lorsqu’il serait à propos de vivre, et de regretter la vie lorsqu’il est temps de mourir. Mes forces