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nourriture qu’aurait dédaignée un soldat affamé, distribuait à ses troupes les provisions destinées à sa maison, et tout ce qu’il pouvait épargner sur les gens de bagage des tribuns et des généraux : mais ce faible secours faisait mieux sentir la détresse générale ; et les Romains, dans leurs sombres appréhensions, commençaient à se persuader qu’avant d’arriver aux frontières de l’empire, ils périraient tous par la famine ou par le glaive des Barbares[1].

Julien reçoit une blessure mortelle.

À cette époque où Julien luttait contre les insurmontables difficultés de sa situation, il donnait encore à l’étude et à la contemplation les heures silencieuses de la nuit. Lorsqu’il fermait les yeux pour se livrer quelques momens à un sommeil interrompu, des angoisses pénibles agitaient ses esprits ; et il ne faut pas s’étonner que dans ces momens de trouble il ait pu voir le génie de l’empire couvrant d’un voile funèbre sa tête et sa corne d’abondance, et s’éloignant lentement des tentes impériales. Le monarque quitta précipitamment sa couche, et étant sorti de sa tente pour calmer ses esprits par la fraîcheur de l’air de la nuit, il aperçut un météore de feu qui traversa le ciel, et s’évanouit au même in-

    est impossible de lire les détails intéressans que donne Plutarque, sans remarquer que les mêmes ennemis et la même détresse poursuivirent Marc-Antoine et Julien.

  1. Ammien, XXIV, 8 ; XXV, I ; Zosime, l. III, p. 184, 185, 186 ; Libanius, orat. parent., c. 134, 135, p. 357, 358, 359. Le sophiste d’Antioche paraît ignorer que la disette régnait parmi les troupes.