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ses eaux offre un passage facile. Saper dédaigna prudemment de s’arrêter devant les murs de l’imprenable Nisibis ; mais en passant sous les murs d’Amida, il voulut essayer si la majesté de sa présence n’amènerait pas sur-le-champ à ses pieds la garnison pénétrée de respect et de terreur. L’insolence d’un dard sacrilège qui, lancé au hasard, vint effleurer son royal diadème, le convainquit de son erreur ; et le monarque indigné n’écouta plus qu’avec impatience l’avis de ses ministres, qui le conjuraient de ne pas sacrifier à son ressentiment tout le succès de ses armes et de son ambition. Le lendemain, Grumbates s’avança sous la porte de la ville avec un corps de troupes choisies, et somma la garnison de se rendre à l’instant, pour réparer de la seule manière qui fût en son pouvoir un semblable trait d’audace et d’insolence. On répondit à cette proposition par une grêle de traits, et un javelot lancé d’une baliste traversa le cœur du fils unique de Grumbates, jeune prince également remarquable par sa valeur et par sa beauté. Le fils du roi des Chionites fut inhumé avec toutes les cérémonies d’usage chez cette nation ; et Sapor adoucit un peu la douleur du vieux guerrier, en lui jurant que la coupable ville d’Amida serait le bûcher funèbre qui servirait à expier la mort et à perpétuer la mémoire de son fils.

Siége d’Amida.

L’ancienne ville d’Amid ou Amida[1], qu’on ap-

  1. Pour la description d’Amida, voyez d’Herbelot, Biblioth. orient., p. 108 ; Histoire de Timur-Bec, par Chere-