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Tigre, quand il aurait pu garder les places de l’Assyrie dont il venait de faire la conquête, une province dévastée eût été hors d’état de lui fournir des secours bien considérables et bien réguliers à une époque de l’année où l’Euphrate inondait les terres[1], et où des millions d’insectes obscurcissaient une atmosphère malsaine[2]. Le pays ennemi offrait un aspect bien plus séduisant ; des villages et des villes remplissaient l’espace qui se trouve entre le Tigre et les montagnes de la Médie, et une culture perfectionnée y aidait presque partout à la fertilité naturelle de la terre. Julien avait lieu de croire qu’avec du fer et de l’or, ces deux grands moyens de persuasion, un vainqueur obtiendrait de la crainte ou de la cupidité des naturels, des vivres en abondance. Cette agréable perspective s’évanouissait à l’approche de ses troupes. Dès qu’on les voyait paraître, les habitans abandonnaient les villages et se réfugiaient dans les villes

  1. Les eaux du Tigre s’enflent au sud, et celles de l’Euphrate au nord des montagnes de l’Arménie. L’inondation du premier fleuve arrive au mois de mars, celle du second au mois de juillet. Une dissertation géographique de Forster, insérée dans l’expédition de Cyrus (éd. de Spelman, t. II, p. 26), explique très-bien ces détails.
  2. Ammien (XXIV, 8) décrit les incommodités de l’inondation, de la chaleur et des insectes, qu’il avait éprouvées. Malgré la misère et l’ignorance du cultivateur, les terres de l’Assyrie opprimées par les Turcs, et ravagées par les Kurdes ou les Arabes, donnent encore une récolte de dix, quinze et vingt pour un. (Voyages de Niebuhr, tom. II, p. 279-285.)