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satrapes de toutes les provinces, jusqu’aux confins de l’Inde et de la Scythie, d’assembler les troupes et de venir sans délai au secours de leur monarque. Mais ils prolongèrent leurs préparatifs, ne hâtèrent point leurs mouvemens, et Sapor n’avait point encore d’armée lorsqu’il apprit la triste nouvelle de la dévastation de l’Assyrie, de la ruine de ses palais, et du massacre de l’élite de ses troupes qui défendait le passage du Tigre. L’orgueil de la royauté fut abaissé jusqu’à la dernière humiliation ; le despote prit ses repas assis sur la terre, et le désordre de sa chevelure annonça les peines et les inquiétudes de son esprit. Peut-être n’eût-il pas refusé de payer de la moitié de son royaume la sûreté du reste ; peut-être se fût-il trouvé heureux de se déclarer, dans un traité de paix, l’allié fidèle et soumis du conquérant romain. Un ministre distingué par son rang et la confiance de son maître, partit sous le prétexte d’une affaire particulière, vint en secret se jeter aux pieds de Hormisdas, et demanda, en suppliant, qu’on lui permît de voir l’empereur. Le prince sassanien, soit qu’il écoutât la voix de l’orgueil ou celle de l’humanité, soit qu’il fût entraîné par le sentiment de sa naissance ou par les devoirs de sa position, favorisa une mesure salutaire qui devait terminer les malheurs de la Perse, et assurer le triomphe de Rome : il fut étonné de l’inflexible fermeté d’un héros qui, malheureusement pour lui, se souvint qu’Alexandre avait toujours rejeté les propositions de Darius. Julien sachant que l’espoir d’une paix sûre et honorable